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Résidence d'artiste Le Vent des Forêts - 2017

Qui connait Les Paroches ? Qui s’attarde aux Paroches ?

C’est à la sortie de la ville de Saint-Mihiel, dans la Meuse, et il n’y a là rien d’extraordinaire, aucune séduction, pas même pittoresque. Et pourtant. L’artiste Antoine Marquis y revient sans cesse, s’en délecte presque. Il y trouve ce qui fait le sel de son travail, un réservoir d’images, de formes. Un prétexte. Des amoncellements improbables dans les jardins, des boîtes à lettres un peu trop décorées, des fontaines silencieuses, des portes de grange retapées, un drapeau tricolore triomphant. De rues en rues, il déplace son petit siège tripode, croque une encoignure, un détail. Il n’y cherche pas la beauté cachée que d’autres ne verraient plus ni la poésie des choses abandonnées. Son regard est lucide, il dirait hébété, presque froid sans être explicitement sociologique.

Les lieux qui l’inspirent sont hybrides, suscitent des sentiments contrastés, ambigus, jettent le trouble, suscitent le flou. Une sorte de mélancolie, mais sans affect, devant ces endroits à la fois banals et sans qualité particulière, hors du folklore, qui racontent pourtant quelque chose, un certain « état de la France » qu’il ne retrouve pas ailleurs dans le pays, et surtout pas à Paris où il habite et qui a tari son inspiration.

Il dessine vite, au crayon, qu’il traitera ensuite au pigment, ou au pastel, aussi bien qu’au stylo bille. Il peut aussi utiliser la photographie rapide sur le vif, en guise de prise de note, comme un réalisateur en repérage, tant son ancrage cinématographique est fort. Il cite Rivette dont il reconstitue des saynètes de Céline et Julie vont en bateau dans une maison de Saint-Mihiel, lorsqu’il y est hébergé pendant sa première résidence à Vent des Forêts. Il choisit les personnages de Pauline à la plage de Rohmer pour une édition de papier peint édité par la Galerie de Multiples à Paris. Les anti-héros, les « looser plein de dignité » de Kaurismäki le touchent. Dans sa famille artistique, il accueille l’écriture adolescente de Salinger, David Hockney -période Yorkshire- mais aussi Giorgio Morandi et Philip Guston.

Il y a chez lui de l’élégance dans la distance, de la légèreté, toujours, et parfois, une certaine maladresse du trait assumée, celle d’un « dessinateur du dimanche », mais hyper lucide. Les petits formats, pensés et présentés en séries dans une narration souvent quelque peu sibylline, sont autant le résultat de son exploration du territoire que celle du dessin lui-même, comme sujet, comme pratique, comme geste. Sa modestie qui s’accommode mal du spectaculaire s’encanaille parfois de réalisme fantastique.

C’est avec un matériau totalement inédit pour lui, la céramique, qu’il traitera un autre motif qui l’intéresse : le spectacle, le costume. Toujours dans le contexte meusien de Vent des Forêts, en préparation d’une exposition à la bibliothèque municipale de Saint-Mihiel en 2018 et en regard des dessins, il pense une série de tout petits bas-reliefs à motifs de personnages costumés très colorés, style Parade. Comme un story-board, ou l’ébauche d’un projet de spectacle à venir, dont il sait déjà que la représentation n’aura jamais lieu. Et c’est sans regret. C’est le processus qui importe, l’exploration, la rêverie, les digressions, les fragments trouvés par hasard, la joie des petites découvertes, les ratés qu’on garde.

Il chemine là sur les terres de son complice de toujours, le photographe Julien Carreyn, qui sillonne de la même manière les mêmes endroits, fouille les mêmes interstices. Dans une simplicité apparente et une absolue sincérité. Avec rigueur, sans emphase. A 17h30 ce samedi 4 novembre, aux Paroches, les lampadaires s’allument sur des rues déjà silencieuses, désertées. Le vent se lève, il faut tenter de vivre. Terminer le dessin. Ou comment être à la fois détaché et obsessionnel, factuel et surréaliste, précis et troublant. En tout cas juste.

Marie-Céline Henry

À voir également sur le site du Vent des forêts (lire ici)

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"Antoine Marquis ou la poétique de l’artiste discret"
Article paru dans Beaux-Arts magazine en octobre 2017 (lire ici)

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Galerie Semiose, Paris, 2015

Il faut accorder au style de la presse régionale la formule la plus juste pour qualifier l’art d’Antoine Marquis. En effet, ses dessins sont des invitations au voyage. La destination est un songe mêlé de souvenirs sans affects. C’est un pays exotique tempéré, une Arcadie vintage en nuances de gris où la modération des sentiments fait régner une paix si édifiante qu’elle en est louche. Car cette plénitude floutée a quelque chose d’angoissant, et toute cette bienveillance est aussi suspecte que l’harmonie d’un village de vacances sous régime totalitaire.

Les bonnes intentions qui pétrissent ces atmosphères doucereuses, autant d’efforts pour déguiser le prosaïque en merveilleux, faire de l’ordinaire un moment exceptionnel, « mettre les petits plats dans les grands », ne voudraient-elles pas encourager la fatalité qu’elles prétendent camoufler - rien de plus pervers en somme que de se dévouer à l’organisation d’un pot de départ en retraite - ? Les stigmates du bonheur de vivre, dont l’artiste a fait son sujet, révèlent leur nature profondément mélancolique, de sorte que la fête ne parvient à masquer le goût de l’hôpital, pendant que l’érotisme sent la poussière et les promesses d’avenir sont criantes d’obsolescence.

L’artiste ne se complait pourtant dans aucune sorte d’humeur bileuse, son unique manie étant celle du travail bien fait, ce qui est au fond le seul procès que l’on puisse faire à son art. L’application qu’il met à la célébration du dérisoire est égale à la dévotion des formateurs bénévoles pour chiens d’aveugles dépeinte ailleurs avec cette même technique d’estompe, nécessitant des heures de dessins et de gommage. Le résultat est aussi indatable qu’il est inattaquable, laissant les intensions de l’artiste – le degré de sincérité ou d’intelligence mis en oeuvre – dans l’ambivalence immanente qui définit ses images. Le seul objectif de cette répétition du geste et du motif serait justement de ne laisser aucun sentiment gagner les images qui contiennent en réserve leurs potentiels réjouissants et déprimants, pour ainsi ne jamais se lasser d’une vanité passée dans le registre du banal – ou d’une toile Chardin à une toile cirée.

Julie Portier

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Galerie Crèvecoeur, Paris, 2012

(...) Antoine Marquis joue le dédoublement de personnalité. Il se détourne vers sa propre biographie d’artiste, effectue une exploration quasi sédimentaire dans son oeuvre, et fait resurgir une série de dessins qu’il n’a jamais exposés : des dessins réalisés entre 1998 et 2004, au stylo à bille. Pour lui, la manière la plus simple de dessiner, sans possibilité de gommer. Une sorte de pré-langage, une «soupe primitive» peuplée de sujets qui brassent les archétypes de la «culture de genres» qui l’a longtemps nourri : série noire, érotisme, fantastique, science-fiction, fantasy, horreur, western...

Ces dessins, il choisit de les mettre en regard de façon très froide, quasi-clinique avec une série de dessins au crayon récents, tout à fait différents, méticuleux, appliqués, de facture très classique. Qui prennent pour motif unique des visages et des bouquets de fleurs. C’est-à-dire des portraits et des natures mortes, genres éprouvés de l’histoire de l’art, bien que diversement classés dans la hiérarchie des genres picturaux codifiée en 1867 par André Félibien qui expose ainsi sa classification : «L’Histoire, le portrait, la scène de genre, le paysage, la nature morte». Il y a d’ailleurs chez Marquis un peu de tout ça, à ceci près que l’Histoire se transforme en (petite) histoire, la scène de genre en saynète de (mauvais) genre, le paysage en décor de science-fiction, et que les portraits prennent pour modèles des seconds rôles du cinéma français. Et les bouquets, cose naturali (terme utilisé par Vasari pour désigner la nature morte avant que le terme n’apparaisse, à la fin du XVIIè siècle) par excellence, sont ici si soignés, si obsessionnels, qu’ils deviennent presque inquiétants.

Antoine Marquis joue, disait-on, le dédoublement de personnalité. Il s’agirait même de ce qu’on appelle un dédoublement manichéen en termes psychologiques (conviction du sujet que deux personnages à la fois complémentaires et opposés existent en lui et vivent à tour de rôle) : que retenir en effet d’un artiste qui fait répondre aux scènes rudimentaires faites au stylo à bille, le portrait du visage éthéré d’Aurora, subtile confidente chez Eric Rohmer, ou du placide Jean Bouise, éternel second rôle du cinéma français? Peut-être un symptôme sérieux : la certitude qu’à travers le dessin et son économie de moyens, l’étude du genre recèle une infinité de possibilités sur la question de la représentation dans un monde saturé d’images. Et que les images de l’artiste s’offrent à une possible renaissance via des degrés de lecture variables : images-indices, images-récits, images-mythes.

Antoine Marquis est né en 1974 ; il vit et travaille à Paris. Il a réalisé et a participé à plusieurs expositions notamment au CNEAI, à la galerie France Fiction, au Plateau-FRAC Ile de France, au Mac/Val et à la Fondation d’entreprise Ricard (Une expédition, organisée par Stéphane Calais).

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Arnet, Romaric Gergorin, 2010

Souvenir de la maison des rêves

Antoine Marquis présente un monde ambigu et non défini (...) Entre classicisme dérangeant et de Balthus et le monde dérangé de Chirico, cet univers feutré et muet est assez proche des dystopies de Zamiatine et Bradbury, avec une prégnance érotique qui dilue les fontières du réel et du rêve.
Exposé récemment à la Fondation Ricard, le dessinateur Antoine Marquis allie une grande maîtrise formelle à une recherche d'atmosphère très particulières pour construire un monde de rituels oniriques très troublant.

Cette exposition à la galerie Benoît Lecarpentier, révèle pleinement la finesse et la singularité de son imaginaire, voué ici à la quête d'un érotisme distancié autant qu'à l'architectonique d'ensembles urbains périphériques. Intitulée Le centre culturel et sportif Paul Delvaux, l'exposition actualise l'univers du peintre surréaliste belge et fige la solitude féminine dans une attente infinie, à quoi s'ajouterait la précision harmonieuse de Balthus dans la mise en scène de jeunes filles graciles aux posture très suggestives.

La fixité hallucinée de Chirico au service de visions métaphysiques fiévreuses, tout comme le monde néo-surréaliste de Paul Delvaux, peuplé de quais de gares de fin du monde, d'attentes de femmes saisies dans des climats mystérieux et nocturnes, toujours dans une mise en scène incongrue, tous ces registres d'atmosphères insondables sont parfaitement assimilés par Antoine Marquis. Mais celui-ci se décale de ces grandes influences en centrant son regard sur l'abstraction des situations et par une volonté de neutralité, de retrait de toute psyché accentuant l'étrangeté de ces saynètes désincarnées. De jeunes gymnastes ou infirmières y semblent enfouies en elles-même, pensives et rêveuses, et c'est précisément cela qui les rends intrigantes et attirantes, ce halo songeur hors du monde, trouble et distancié. Absentes à elles-même tout en étant conscientes de leur charme, ces nymphettes semblent connectées à un monde intérieur ne transparaissant que par leur regard, la position de leurs mains, et tout ces agencements qui brouillent la nature de ces scènes. Photogrammes d'un film muet ou illustration de la vie des rêves, les dessins de Marquis refusent de dévoiler leur nature.

Ce monde est en nuances de gris, aux reflets parfois bleutés, où des corps fins s'inscrivent dans des salles de sport ou des salons vieillots. Révèlant ici la précision de son trait, servi par l'acrylique, la peinture à l'huile et le pastel gras, ces surfaces du lisse et des atmosphères impersonnelles induisent une menace et semblent vouloir témoigner d'une indicible présence. Car cette citée radieuse à la Le Corbusier, avec exercices de gymnastique érotisés et situations d'entre-deux, semblent crier l'angoisse d'un monde de science-fiction où les filles sensuelles et méditatives, vivraient dans un monde pétrifié. Cette perfection glacée, uniquement régie par l'obsession des apparences, évoquant la société infernalement idéale de Metropolis de Fritz Lang, mais peuplée ici de jeunes filles rêveuses ou soumises. Effaçant toutes traces de ses intensions, Antoine Marquis ne laisse aucune place à la psychologie ou à une quelconque transcendance, pour mieux explorer la pure matérialité des corps et des structures, et laisser ce monde inquiétant en suspens, ouvert à un mystère qui ne dit pas son nom mais qui impose naturellement l'évidence de sa beauté.

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Le Quotidien de l'Art, Emmanuelle Lequeux, 2012

Voilà un artiste qui n'a pas peur de déroger aux modes. Les dessins d'Antoine Marquis revendiquent un classicisme déconcertant, éprouvant les catégories établies de l'histoire de l'art : nature morte et portrait. Mais, par la grâce de quelques étrangetés, ce virtuose parvient à composer un paysage presque inquiétant. Multiplié, le visage de l'acteur Jean Bouise montre d'infimes variations : traits d'un quidam que ses rôles d'éternel second nous ont poussé à négliger, mais qui ont été inscrit dans l'inconscient collectif par le meilleur cinéma français, de Monsieur Klein à Dupont Lajoie.Quant aux bouquets de fleurs par trop parfaits que propose Antoine Marquis, c'est l'immixtion de quelques images inattendues qui fait vriller notre regard sur eux : notamment ce dessin inspiré par un paysage imaginé par Lovecraft. Surtout, il ne faut pas rater, tout au fond de la galerie, les quelques images nées de Céline et Julie vont en bateau de Jacques Rivette : volontairement désuètes, elles empruntent au film son charme unique, et l'emportent vers une esthétique "Années folles"

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Solo shows

2018 Résidence Vent des Forêts, St Mihiel

2017 Galerie rue Antoine, Paris

2016 Maison du livre de l'image et du son, Villeurbanne

2014 L'Antenne FRAC Ile-de-France, Paris

2011 Galerie Crèvecoeur, Paris

2010 Galerie Benoît Lecarpentier, Paris

2009 Galerie France Fiction, Paris

2006 Galerie France Fiction, Paris

2004 Librairie/galerie Un regard moderne, Paris

Group shows

2017 Galerie de Multiples, Paris

2016 Galerie Outcast Incorporated, Paris

2015 Musée de l'Abbaye de Sainte Croix, Les Sables d'Olonne

2015 École supérieure des Beaux-Arts de Montpellier, Montpellier

2015 Drawing Room La Panacée, Montpellier

2015 Galerie De Multiples, Paris

2015 Galerie Semiose, Paris

2015 Drawing Now Galerie Semiose, Paris

2014 Galerie Visconti, Paris

2014 Musée d’Art Moderne et Contemporain, Strasbourg

2013 L'Antenne FRAC Ile-de-France, Paris

2012 Galerie Point Éphémère, Paris

2012 Galerie 12 Mail, Paris

2012 Galerie Thevenet, Paris

2011 Art-o-rama, Marseille

2010 Galerie Dem Passwords, Los Angeles

2010 Galerie Secret Project Robot, New York

2010 Biennale d’art contemporain du Havre, Le Havre

2010 Chic Art Fair, Paris

2010 Galerie Radio Store, Milan

2009 Fondation d’entreprise Ricard, Paris

2009 Espace Beaurepaire, Paris

2009 Mac/val, Vitry-sur-Seine

2009 FRAC Ile-de-France, Paris

2002 Centre National de l’Édition et de l’Art Imprimé (CNEAI), Paris